Être
amant de ma licorne oblige à l'accomplissement de ma force, car sa
grandeur et sa beauté sont telles qu'un rapprochement intime ne
pourrait se faire sans la propre puissance de mon assise. Au début,
lorsque je l'ai retrouvé en cette existence, cette proximité entre nos
coeurs faisait vivre en moi le sentiment de l'enfant qui admire sa mère
et plonge en l'étreinte de sa douce protection. Cela a signé le
commencement de la quête de mes retrouvailles avec moi-même. J'avais
alors bien besoin de m'abandonner à ses gracieux sabots, et elle m'a
merveilleusement étreint, avec une certaine distance toutefois car elle
ne voulait pas me voir pleurer, ce qui arrivait assurément si elle se
rapprochait trop de moi. Mais une licorne, c'est un soleil, son aura
bénit à quinze mètres à la ronde, alors quand on est près au point de
la toucher, c'est si fort... Si intensément doux, lumineux, souriant.
Oui,
j'aime ma licorne, comme si nous avions échangé nos coeurs à l'aube de
ma quête humaine, mais au delà de cet amour, ma licorne est aussi ma
sagesse. Je suis sauvage. Sauvage, solitaire, et rebelle. Ma sagesse
naturelle est simplement la contemplation, la confiance et
l'émerveillement face à la beauté. Pourtant, au dedans de moi, brille
mon don, le don de moi-même à la lumière du monde, et en prenant ce
chemin, j'ai trouvé ma licorne. Alors, comme un merveilleux couple
touchant la profondeur du sens de l'union, j'ai trouvé en elle ce qui
me manquait, la sagesse, la sagesse et l'amour, mais la sagesse est
amour.
Nous pouvons demander la sagesse. Au
plus haut, si nous le souhaitons vraiment. Oh, pas à Dieu lui-même,
parce que Lui, il est tout et déjà là. Il est l'homme en même temps
qu'il est la femme. C'est lui que nous touchons à caresser notre
chevelure, ou la main d'un ami, ou le sol qui nous porte, ou la pluie
qui vient mouiller notre visage. Mais les serviteurs de l'infini sont
là, et il n'y a nulle barrière entre eux et nous, nulle barrière si ce
ne sont celles que nous avons nous-mêmes bâties. Lorsque j'ai regardé
ma licorne, j'ai compris que Dieu existait...